Nature & écologie

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Les abeilles et la mondialisation: le Varroa ( Varroa destuctor)

Auteur: le Luminaire
Dernière modification le Samedi 30 juin 2012

Les abeilles et la mondialisation: le Varroa ( Varroa destuctor)

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En 2002 nous « fêtons » le vingtième anniversaire de l'arrivée des varroas en France. Ces acariens parasites des abeilles adultes et de leurs larves ont, depuis, ruiné bon nombre de ruches et d'apiculteurs. Sur tous les continents, à l’exception de l'Australie et de la Nouvelle Zélande, il faut maintenant compter avec la présence regrettable de ce parasite qu'on ne pourra plus déloger. Il nécessite une lutte continuelle et un contrôle permanent de ses populations dans les ruches pour pouvoir prétendre à des récoltes de miel honorables et à une pollinisation suffisante des plantes. Plus aucune colonie d'abeilles ne peut maintenant se dispenser de l'aide de l'homme pour pouvoir survivre. Sans surveillance, la colonie s'affaiblit, puis devient la proie de nombreuses maladies microbiennes et autres qui la font disparaître en 3 à 5 ans maximum.

Un souci majeur du détenteur de ruche de rapport est le parasitisme implacable des abeilles adultes et du couvain par l’acarien Varroa destructor. Depuis une vingtaine d’années, aucune colonie n’y échappe, dans les Baronnies comme ailleurs. Tout au plus avons-nous l’avantage, pour les ruches qui restent au pays, d’avoir des hivers rigoureux qui incitent la plupart des reines d’abeille à arrêter leur ponte pendant quelques semaines, faisant baisser quelque peu la pression de ce parasite source de complications sans nombre.

C’est que cet envahisseur venant d’Extrême Orient est une merveille de parasitisme.

Introduit dans la ruche sur le « dos » d’une butineuse, une femelle fondatrice – car les mâles varroa ne se retrouvent jamais à découvert - de forme aplatie, de couleur brune, se repositionne de préférence sur une jeune abeille, dont le premier rôle de sa vie est de s’occuper du couvain c'est-à-dire des œufs et des jeunes larves d’abeilles. Voici notre parasite solidement accroché sur notre jeune abeille, où, pendant cinq jours environ, il va perforer la cuticule pour pomper une partie de son hémolymphe (le sang de l’abeille). Copieusement nourrie, la femelle fondatrice est maintenant en embuscade au dessus du nid à couvain. Neuf jours après la ponte, la jeune larve d’abeille s’est bien développée, elle occupe pleinement l’alvéole, les abeilles nourrices disposent une dernière provision de gelée alimentaire (gelée sécrétée par les glandes nourricières hypopharyngiennes et mandibulaires) au fond de l’alvéole avant de l’operculer. C’est alors que notre parasite quitte l’abeille adulte pour plonger soudainement au fond de l’alvéole, s’immergeant complètement dans la gelée pour ne pas être aperçu alors que le couvercle de cire est confectionné par les abeilles.

Sous son capuchon de cire la larve d’abeille va s’agiter, puis, rapidement, tisser son cocon : elle est devenue nymphe. La métamorphose suivra et, au vingt et unième jour pour l’ouvrière, au vingt quatrième jour pour le mâle, sortira l’insecte adulte. Dans l’alvéole qui contient la femelle varroa, celle-ci va attendre que le calme s’installe après le tissage du cocon, puis, son premier travail va être de percer un trou de nourrissage sur le cinquième espace intercostal de la nymphe qui servira à tous les futurs parasites de l’alvéole !

Environ deux jours après l’operculation, quand la table est mise et la nymphe calmée, notre femelle va pondre un œuf toutes les 24 ou 36 heures. Le premier, non fécondé, donnera naissance à un seul mâle varroa, les suivants à des femelles vierges, et tout ce petit monde s’alimentera au même trou de nourrissage sur la nymphe. Dans cet espace exigu chacun, cependant, ira excréter ses déchets au fond de l’alvéole, des rencontres fortuites se feront, des opportunités d’accouplements se créeront entre le mâle et les femelles vierges. A la naissance de la jeune abeille, le mâle ne survivra pas mais au moins deux jeunes femelles varroa fécondées sortiront avec une ouvrière, trois au moins avec un mâle faux bourdon, car le séjour sous opercule est plus long de trois jours. La femelle fondatrice sera prête, après parasitage d’une nouvelle abeille pendant quelques jours, à recommencer un cycle de ponte qui ne sera pas le dernier ! Les filles varroa auront la même carrière ! Nous voyons tout de suite qu’avec quelques individus fondateurs et la présence d’un couvain abondant la charge parasitaire va croître dangereusement. Le péril est d’autant plus grave que l’infestation ne paraît pas très évidente à l’œil nu. S’il est donné à l’apiculteur qui surveille ses ruches, d’apercevoir quelques varroas accrochés sur ses abeilles, l’affaire est hélas perdue d’avance ! La pression parasitaire est trop forte pour la sauvegarde de la colonie.

Nous voyons bien comment cet acarien parasite gène mécaniquement son hôte, nous pressentons l’importante spoliation d’hémolymphe tant sur l’adulte que sur la nymphe (Il peut en prélever jusqu'à 40%). L’abeille ne manquera pas de sortir considérablement affaiblie de ces vicissitudes. La jeune nourrice manquera de réserves et fabriquera une gelée nourricière de moins bonne qualité : les larves seront moins vigoureuses. Des carences alimentaires risquent d’apparaître alors que les conditions climatiques peuvent être bonnes (la Loque européenne, une grave maladie bactérienne du couvain, va se manifester). La durée d’élevage pourra s’allonger, facilitant la sortie d’un plus grand nombre de femelles varroa fécondées…plus tard, devenue butineuse, ses forces ne lui permettrons pas toujours de revenir à la ruche…et nous ne parlerons pas des estropiées de naissance…

Et ce n’est pas tout : les femelles varroas inoculent directement dans le corps de l’abeille des virus qui continueront leurs actions pathogènes longtemps après la contamination même si le parasitisme a été freiné par diverses actions de lutte par l’apiculteur. Les virus, celui de la « maladie noire » en particulier, se développeront d’autant mieux que l’abeille est devenue faible. Les carences alimentaires induites par le parasitisme confèrent une sensibilité plus grande au grand choix d’intoxications que notre société offre à la planète.

Les remèdes.

Varroa destructor représente, vraisembla-blement, le principal facteur d’affaiblissement des colonies d’abeilles (en dehors des monocultures maïs ou tournesol). Il permet à d’innombrables facteurs de se combiner, de s’ajouter, de s’amplifier pour rendre la vie impossible à une colonie que l’on destine à amasser beaucoup de miel. Les signes graves ne s’observant que trop tardivement pour sauver les colonies, il faut prendre l’habitude d’une constante observation pour repérer le plus vite possible les signes d’appel qui sont :

- Des abeilles aux ailes atrophiées

- Des varroas présents sur des abeilles adultes.

Les traitements préventifs de fortes infestations doivent être menés avec rigueur, en liaison avec les instances sanitaires, en général juste après la récolte du miel pour une meilleure entrée en hivernage.

Quand la reine interrompt sa ponte pendant les rigueurs hivernales, le couvain disparaît temporairement, la multiplication des varroas également et ses populations n’augmentent plus, le climat vient au secours des abeilles et de l’apiculteur. C’est ce qui se qui se passe dans les Baronnies. En pays chaud la population de varroas peut être multipliée par plus de 250 fois dans l’année, alors qu’elle n’est multipliée que par 10 dans nos régions montagneuses aux hivers sévères.

L’avenir.

Voilà bien une situation peu encourageante. Néanmoins, les colonies sauvages, dispersées dans la nature, qui avaient pratiquement disparues, réapparaissent. Des communautés d’abeilles subsistent de nombreuses années dans une anfractuosité rocheuse, au sommet d’un clocher, et même dans quelques ruches laissées pour compte. Elles sont certainement parasitées et ne bénéficient d’aucun secours sanitaire de la part de l’homme. En revanche, le principal prédateur, l’homme, ne vient plus perturber la colonie et voler ses provisions sans doute juste suffisantes pour sa survie. Elles n’ont aucune valeur économique mais permettent, peut être, la mise en œuvre d’une patiente adaptation par sélection, la recherche d’un équilibre naturel avec cet envahisseur qui s’est permis de

changer de niche écologique ! Le varroa a trouvé de telles conditions favorables pour croître qu’il peut, c’est un comble, tuer son nouvel hôte.

Hélas, si la connaissance de la biologie et du mode d’action du parasite a fait des progrès remarquables, il n’en va pas de même avec les possibilités de traitement. L’histoire commence à peine, pendant de nombreuses années encore, les apiculteurs, s’ils souhaitent produire régulièrement du miel, devront lutter chimiquement contre ce parasite en espérant que l’adversaire ne devienne pas résistant à tous les remèdes proposés, comme il l’a fait, tout dernièrement avec le Fluvalinate (APISTAN ND). D’autant que les autres molécules autorisées, comportant obligatoirement une A.M.M.(Autorisation de Mise sur le Marché, délivrée après d’importants travaux d’évaluation toxicologiques et écotoxicologiques. Les AMM sont nationales pour prendre en compte les spécificités de chaque pays européen en terme d’habitudes alimentaires et de pratiques agricoles. ), semblent montrer des limites d’efficacité, par exemple les lanières d’Amitraz (APIVAR ND). D’autres remèdes sont en cours de préparation (Acide oxalique) ou déjà en service, comme ceux à base d’huiles essentielles (APIGUARD ND) avec, chaque fois, des avantages et des inconvénients.

Si on ajoute à cela la disparition de possibilité thérapeutique(Médicaments qui ne sont plus commercialisés : le FUMIDIL B contre la nosémose, les tickets fumigènes acaricides FOLBEX contre l’acariose )pour d’autres maladies contagieuses des abeilles adultes, il n’y a plus de médicament pour soigner la Nosémose (maladie digestive) ou l’Acariose (maladie respiratoire), que reste-t-il aux apiculteurs pour lutter ?

Sans aucun doute ne pas oublier les mesures prophylactiques incontournables : nettoyage des plateaux de ruche, remplacement régulier des vieilles bâtisses, désinfection du matériel. Il faut chercher à avoir des abeilles robustes, de jeunes reines vigoureuses bonnes pondeuses, des colonies mises en hivernage assez tôt avec des provisions suffisantes, protégées du froid et de l’humidité, en évitant d’acheter des reines ou des paquets d’abeilles venant de l’étranger, d’Australie ou d’Amérique du Nord en particulier. En effet, outre l’inadaptation prévisible de ces abeilles à nos milieux, un nouveau danger menace les abeilles européennes et baronniardes : l’arrivée redoutée d’un ravageur efficace des colonies d’abeilles, le petit scarabée de la ruche (Aethina tumida).

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