Nature & écologie

Partager sur Facebooktweeter cet article

Herborisation sur pied de mulet

Auteur: le Luminaire
Dernière modification le Samedi 30 juin 2012

À lire également:

L’hiver 2010, long, neigeux oh combien, servira de référence. Le printemps venu tout devait aller mieux. Hélas, fraîcheur et pluies se succédaient, alors que la sortie botanique était programmée depuis longtemps pour le lundi 10 mai 2010. Et encore la pluie la veille. Le 10 au matin, ce n’était que nuages bas cachant les montagnes et la météo générale n’était pas encourageante.

A 9 h précise, l’équipe était pourtant au complet devant la mairie de Lachau. « Les botanistes en ont vu d’autres » disaient-ils. Le groupe monta au Château en voiture. C’est là que les choses sérieuses allaient commencer. Je ne sais pas si vous avez déjà vu des botanistes au départ ? A peine sortis des voitures, avec leurs sacs, carnets, loupes, appareils photo, ils sont aussitôt courbés en deux, scrutant la moindre petite herbe sous leurs semelles. Dix bonnes minutes peuvent s’écouler ainsi, sans qu’ils se soient éloignés de plus de vingt mètres.

Néanmoins l’ascension commence, l’œil aux aguets, avec ou sans chemin à travers friches et arbres colonisateurs. Et on note, et on commente : » Pourquoi cette violette est celle de Rivinus ? » « Pourquoi telle espèce de plante est elle peu commune, ou que celle-ci sert de nourriture à un beau papillon particulier ? » On avance dans la brume sans regarder le ciel gris. « Mais que ces jaunes potentilles de printemps sont belles ! »

Nous sommes sept, dont trois botanistes confirmés de l’Association Botanique de la Haute Ouvèze (ABHO) qui nous font partager leur savoir : Louisette et André Bart, Pierrette Bontoux. La passion des plantes est commune. Mare pérenne, hêtraie pentue dont la lisière se décore d’androsaces de Chaix, délicates fleurs roses éloignées de leurs rosettes basales par de longs pédicelles. Nous voici sur les crêtes rocheuses au dessus de la Fayée, l’altitude dépasse maintenant les 1400 m. Nous nous sommes rapprochés du soleil et il se montre enfin ! On aperçoit Pied de Mulet au dessus et aussi Lachau, tout en bas. Enfin, ces milieux peu transformés par l’homme offrent un supplément d’intérêt qui nous rend très attentifs. Les premières fritillaires du Dauphiné nous accueillent, mais aussi deux espèces de gagées en mélange avec les corydales à bulbe plein. Voici une touffe d’alchemille sur le rocher et là un tapis de draves printanières. A nouveau il faudra traverser quelques hêtres en ubac proches de la crête. En lisière les hépatiques sont encore en fleur à cette altitude. Le soleil brille et chauffe : nous allons prendre notre repas tiré du sac dans un parterre de fritillaires.

C’est après avoir traversé une petite hêtraie que la pente se redresse vivement. Le sentier rocailleux, lumineux, va bientôt traverser des éboulis. Avez-vous vu ces beaux ibéris des rochers ? Et ces futures tulipes australes marquées de rouge ? La plupart d’entre nous arriveront sur Pied de Mulet (1537 m) où pousse le grémil bleu et des milliers de gagées des prés. Il suffit de lever la tête pour admirer Lure, la crête de l’Ane, les Baronnies. La fraîcheur nous incite à redescendre et puis, bien sûr, nous n’avons pas tout vu en montant. De nouvelles espèces de plantes seront l’objet de discussion et notées. De nombreuses rosettes d’orchidées ne sont pas fleuries. Il faudra revenir pour compléter. A 17 h, nous sommes de retour au « Château ». Le ciel est à nouveau menaçant, mais nous ne prendrons la pluie qu’a l’abri des voitures.

Ainsi, dix huit ans après le relevé botanique fait par Maryse Argenson le 21 juin 1992 (cf bulletin du Luminaïre N° 11), l’Association Botanique de la Haute Ouvèze poursuivait ses investigations sur la flore d’une partie du territoire de Lachau. Ces enquêtes ayant été effectuées à des époques différentes de l’année, des espèces nouvelles ont nécessairement été fichées. En voici une première synthèse, bilan de ces sorties sur le secteur géographique du « Château » jusqu’au Pied de Mulet.

Cette ébauche de florule de la commune de Lachau, liste de plantes, classées par familles, dénommées sous la dernière forme scientifique suivant l’Atlas écologique et floristique de la Drôme de Luc Garraud, n’intéressera sans doute que les spécialistes. Publiée par le Luminaïre, et bien qu’incomplète, elle devient un document intéressant, une solide assise pour des suivis et des relevés futurs.

En conséquence, a propos de cet inventaire, Louisette BART a écrit :

« Souhaitons que ce travail attire l’attention du promeneur sur la diversité et la richesse de notre flore drômoise. Certaines plantes : Fritillaires, Tulipes, Gagées, Pivoines, Androsaces, Orchidées bien présentes ici peuvent être rares, voire très rares, sinon inexistantes dans d’autres secteurs géographiques drômois. Au même titre que chapelles, églises ou monuments divers, elles sont une part de notre patrimoine et font l’objet d’arrêtés de protection. Merci d’en respecter le principe et de laisser aux générations futures la possibilité d’avoir des promenades aussi fleuries. »

Activités en rapport